« 29 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 105-106], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11561, page consultée le 09 mai 2026.
29 novembre [1843], mercredi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto bien-aimé. Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon Toto bien-aimé
adoré. Comment vas-tu ce matin, mon amour ? Moi j’ai passé une partie de ma nuit sans
dormir. J’ai eu une insomnie atroce et ce matin je suis toute brûlante et toute mal
à
mon aise. Cependant la sortie d’hier m’avait fait du bien, cela tient probablement
à
un certain voisinage ennuyeux qui me menace de sa prochaine visite. Ce n’est pas un
avertissement que je vous donne parce que je sais bien que
rien ne peut triompher de votre indifférence à ce sujet. Mais ne parlons pas plus
longtemps du chat qui dort et de Juju qui ne dort pas.
Il faut encore très beau
aujourd’hui. Si tu peux me faire sortir encore je ne refuserai pas la partie. Cela
me
fera grand bien et je serai très heureuse. En attendant, je gribouille entourée de
ma
ménagerie qui se dispute à qui sera le plus féroce et le plus bruyant. Suzanne croassant sur le tout qui crie à me déchirer
les oreilles. Tousa ces sons harmonieux
m’exaspèrent à un point que je ne peux pas dire. Il y a des moments, comme à présent,
où je les jetterais tous par la fenêtre. Vraiment ça n’est pas toujours drôle et c’est
toujours insupportable.
Je te raconte mes trente-six infortunes de Jacquot parce qu’il me serait impossible dans ce
moment de trouver autre chose dans ce charivari de bêtes, de cris, de voix, de sons
de
toutes sortes. Heureusement que le cœur n’a pas d’oreilles et je peux vous aimer en
toute tranquillité et sans être interrompue. C’est ce que je fais mon Toto. Je vous
adore, je vous désire, je vous attends avec impatience et je vous aime tout plein
mon
cœur et par dessus mon âme. Tâchez de venir bien vite mon amour et je vous pardonnerai
tous vos trimes. Baisez-moi, pensez à moi et
aimez-moi si vous tenez à votre vie.
Juliette
a « tout ».
« 29 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 107-108], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11561, page consultée le 09 mai 2026.
29 novembre [1843], mercredi soir, 4 h.
Tu es bien gentil d’être venu un petit moment tantôt, tu l’aurais été encore bien
davantage si tu étais déjà revenu et tu le serais des millions de fois plus si tu
venais tout de suite.
Je n’ai pas pensé à vous demander où vous alliez si matin. Prenez garde à l’histoire du cuisinier du sieur
Jacquot, qu’elle ne devienne pas la vôtre
et c’est moi qui me chargerai de l’exécution. Je suis très féroce vous le savez,
méfie-toi Toto.
Quel beau temps mon amour et comme j’aimerais à courir les rues
avec vous. Quel dommage que vous n’ayez jamais le temps de me faire sortir et qu’il
faille toujours la croix et la bannière pour vous décider à me faire prendre l’air
une
fois tous les trois mois. Convenez que vous êtes bien ennuyeux et je vous pardonne
et
je vous attendrai, sinon avec patience, ce qui ne m’est pas possible, mais avec
résignation. Je ne demande du reste à sortir que pour te forcer à être un peu plus
souvent avec moi. Mais au dedans comme au dehors je ne suis tes pas. Tu n’y mets pas
non plus une bonne volonté bien excessive. Si je me trompe convenez que les apparences
sont trompeuses. Si je me trompe je baise vos pieds et même sans cela je les baise
encore parce que je vous aime comme un pauvre chien. N’oubliez pas que je vous attends
mon amour et que le temps me paraît bien long.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
